29 décembre 2005
Elle est géniale…
Par Pierre Assouline Permettez-moi de faire dans le cliché. Cette biographie est géniale. Sa vie est un roman. Cette bio se lit comme un roman. C’est une merveille. Le style coule. La vie de DH Khanweiler est passionnante ; celle d’un homme qui a su découvrir, comprendre l’avant garde cubiste ; celle d’un homme dont la fidélité en amitié est sans limite ; celle d’un homme sûr de quelques convictions dont il ne se départira jamais ; celle d’un homme qui a fait de la maîtrise du temps une philosophie ; celle d’un homme pas forcément toujours drôle. Pierre Assouline nous emmène avec talent dans le Montmartre d’avant guerre et d’avant garde. Vraiment, rien que pour ce passage et même si vous n’aimez pas les cubistes, sa description du bateau lavoir fait rêver, fait envie. Imaginer Gris, Braque, Picasso révolutionnant la peinture du haut de Montmartre ; merveilleuse et frissonnante description. Mais il y a tout le reste de sa vie, celle du découvreur des cubistes, le marchand des cubistes et notamment celui de Picasso. Celle d’un homme qui alla jusqu’au bout de son rêve, être un marchand d’art, qui ne transigera pas sur ses conceptions artistiques. Certains diront sans doute, trop raide, peut-être mais sa fidélité envers ce courant artistique est sans faille, comme une amitié qui confine parfois à l’aveuglement mais qu’importe. Sa vie se fond dans le siècle ou en tous les cas dans sa première moitié. Plus comme un spectateur qu’un acteur d’ailleurs. Sa vie est en elle-même passionnante. Et puis il y a le talent de Pierre Assouline. Il donne envie, envie de lire cette immense bio, de connaître la suite. Quel force dans la description des tableaux cubistes. Certains passages sur ce qu’est le cubisme, comment DH Khanweiler percevait cette rupture fondamentale de la peinture sont époustouflants. Je n’ai plus qu’une envie, revoir ces tableaux de Picasso, Braque, Gris, Leger que j’ai aujourd’hui classé aux rayons des vieux dinosaures de la peintures. Oui, vous savez, les " Merci d’avoir existé, vous avez été utiles mais franchement aujourd’hui vous êtes dépassé". Se donner envie que livre Pierre Assouline tout au long de ce livre est vraiment incroyable. A découvrir pour l’histoire de l’Art et pour le plaisir tout simple de la lecture.
Tout est déjà dans le titre..
par Alex ROBINSON Cette bande dessinée, genre nouvelle bande dessinée nous fait partager les tribulations de quelques jeunes new-yorkais à la recherche de leurs chemins, de l’Amour, de leurs premiers jobs. Ils se cherchent ; ils se trouvent ; ils perdent leurs illusions et leurs rêves. Les uns sont en quête de leur premier amour, les autres ont du mal à s’engager quand les derniers s’installent dans la vie. Cette BD est aussi le portrait d’une jeunesse américaine coincé entre leur rêve et la réalité du " il faut bien manger ". Les 600 pages de cette BD coulent. On lit. Mais personnellement, je n’en retire rien même ne retiens rien. Je vous l’avoue, je n’aime pas les BD. On m’avait juré qu’elle était différente. Elle l’est. Mais il n’y a rien à faire, c’est un style qui me laisse froid. Il en montre trop, l’imaginaire est trop contraint. Dans le même temps, il est pauvre. Il n’a pas l’arsenal du cinéma et sa palette des émotions. Il est trop, il est pas assez. Et moi je m’y perds. Non décidément mon chemin de BD va de mal en pis.
La magie est déjà dans le titre
Je t'oublierai tous les jours Par Vassilis Alexakis Je t’oublierai tous les jours…La magie est déjà dans le titre. Cette phrase est humaine, si profondément humaine. Cet impossible oubli est celui de sa mère. Ce livre est une lettre à sa mère, une lettre sur le temps qui passe, depuis la mort, depuis le commencement. Ce livre veut rattraper le temps où il a, où on a pas osé, où il a, où on a pas osé dire. C’est le narrateur, c’est l’auteur, c’est nous. Délicieux et habile mélange. L’écriture est douce, apaisante et sereine. Elle renforce la magie du livre. Vassilis Alexakis maîtrise le récit avec tranquillité et brio. Quelle est la part d’autobiographie dans ce livre, dans ce roman ? Totale ? Je l’ignore. C’est mon premier Vassilis Alexakis. Mais l’histoire, le souvenir d’une vie entre France et Grèce est une ballade, un chemin sur lequel on se promène avec bonheur, tout en douceur. La vérité de ce livre est humaine, profondément humaine. Il court après, je cours après, nous courrons tous après : après son enfance, après sa mère, après son père, après ses parents. Réaction, identification, peu importe le choix mais il s’impose à nous. Je crois qu’on ne peut pas lutter, on compose c’est tout. On ne peut pas oublier, on ne peut pas l’oublier ou si vous préférez, on l’oubli tous les jours.
09 novembre 2005
Il fait écho...
La lune et les Feux de Cesare PAVESE Ce livre a fait écho. Un effet miroir décalé de deux générations. Partir, trouver ailleurs ce que la terre sur laquelle on est né ne peut vous offrir. Echo similitude d’une Italie d’entre deux guerres. Dans ce livre sous forme d’auto-testament de Cesare PAVESE, un enfant de l’assistance publique après avoir émigré revient dans son pays natal. Les souvenirs qui ressortent ; un tableau de l’Italie d’entre deux guerres terriblement pauvre, si agraire. Une écriture qui dégage une impression de sensation plutôt que de réelle description. Les souvenirs de l’enfance, la pauvreté et l’exclusion en toile de fond. L’Italie de cette époque y est peinte avec talent. Cette description a réveillé en moi les souvenirs de ce film merveilleux l’Arbre aux Sabots. Et puis il y a l’Italie Fasciste. Ce terrible épisode de l’histoire italienne qui l’a profondément marquée. Alors l’impression de cette nouvelle a été une douce sensation, pleine d’évocation. Mais pour être tout à fait sincère, s’il n’y avait pas eu cet effet miroir, m’aurait-il autant plu ? Je ne sais pas,.. Ce qui est sûr c’est que l’autre nouvelle, la plage, elle m’a profondément ennuyée. Là aussi l’écriture est sensation mais presque vaporeuse pour un récit ennuyeux. Je connais si mal la littérature italienne. Mon chemin de hasard littéraire ne m’a pas conduit encore à en trouver les merveilles. Ce livre n’a rien changé à ce constat. Il me faut continuer de chercher. J’écoute tous vos conseils…
Le sens est dans le Faire
Il y avait mon puzzle Malraux : ce militant de la guerre d’Espagne, ce ministre de De Gaulle. Un puzzle que je n’étais pas sûr de vouloir reconstituer. Puis il y a eu ma lecture de la condition humaine, ce livre époustouflant, si terriblement humain. J’ai pris la première biographie, celle de Jean Lacouture. Celle de P Mendès France m’avait beaucoup plu alors pourquoi pas. Elle retrace évidemment la vie de Malraux. Que vous en dire ? La résumer n’a évidemment pas de sens. Elle est déjà tellement un résumé. Disons, Malraux l’homme de l’action ou l’homme qui voulait transformer en conscience l’expérience la plus large. L’obsession du faire a guidé sa vie. Celle du mythe qui fait l’homme lui en a donné le sens. Malraux est passionnant : son personnage multiple, le sens de la formule, sa voix vibrante de cassandre. Jean Lacouture nous le retrace mais le souci, c’est cette terrible impression qu’il s’essayait dans cette biographie au style Malraux. Du coup, certaines phrases sont grandiloquentes et paraissent à côté de la plaque…Cette biographie a permis la découverte de ce personnage hors norme. Une écriture plus sobre, plus modeste l’aurait sans doute rendu plus passionnante encore mais ce n’est pas l’essentiel…la découverte était là..Malraux : une vie dans le siècle par Jean Lacouture
27 octobre 2005
Rien est à eux..Tout est à nous..
Faut pas payer.. Dans le plus pur style de la farce, c’est la lutte des classes dans l’Italie des années 1970 que nous raconte Dario Fo. Nous sommes à Milan et comme beaucoup d’ouvrières, Antonia et Margherita ne peuvent plus faire face à l’augmentation des prix des loyers. Dans un élan collectif, les femmes du quartier décident l’auto-réduction des prix dans leur supermarché habituel. Cette pièce est d’une criante actualité. A la classe ouvrière, préférons lui les chômeurs, les sans, les salariés des petits boulots et c’est alors un tableau parfait de notre société libérale du début 21ème que nous livre cette pièce. La mise en scène est talentueuse. Les acteurs resplendissent de vérité et nous emmènent avec bonheur. On rit. Oui les recettes sont finalement assez classiques - le quiproquo fonctionne à plein et à merveille. Mais peu importe, c’est drôle et le message est porté, haut, très haut. Il fait écho, criant de vérité " Faut pas payer " car " Rien est à eux, tout est à nous ". Alors c’est l’éternelle hésitation entre l’acceptation de sa condition de classe ou la révolution. Et allant plus loin, c’est bien l’hésitation entre Révolution ou Sociale démocratie. Principe de réalité et de la transformation sociale ou bouleversement radicaux et révolution ? Ces interrogations qui traversent le peuple de gauche depuis plus de 100 ans. Passionnante politique. L’autre message porté par cette pièce est la place des femmes. Luttant, en retrait et pourtant encore une fois, plus fortes, plus courageuses. Cette pièce est drôle et politique. Quand les applaudissements cessent, mon fond d’anarchisme était bien revenu ; au loin mon principe de réalité et l’envie de crier " le pouvoir al popolo " ou " No pasaran ". Aujourd’hui, je travaille, bien sagement, sûr de la nécessité de la transformation sociale. Enfin, je crois…éternelle hésitation..Faut pas payer
Pièce de Dario Fo
Montée par Jacques Nichet
Avec Dominique Parent , Marie-Christine Orry , Stéphane Facco , Pierre Baux , Malik Richeux , Agathe Molière , Laurent Guitton , Fabrice Dang Van Nhan
24 octobre 2005
Un bonheur étrangement doux
Tristes revanches
de Yôko Ogawa
Les histoires sont bien souvent étonnantes et on y plonge avec bonheur et facilité. Cette construction m'a rappelé un autre auteur japonais, Ryû Murakami, avec son livre Lignes. La construction ici est un peu plus libre, le lien se fait à n’importe quel moment du récit. IL n’y a pas de suites, il n’y a pas de lignes. Avec ce livre, Yoko OGAWA nous plonge encore dans des univers étranges. Elle les manie si bien. Ce livre procure un bonheur étrangement doux.C'est un roman. Ce sont des nouvelles. C'est un peu des deux. Chaque nouvelle est liée à la suivante. Les personnages, les histoires se recoupent. Ce livre est doux. Les histoires sont parfois terribles, effrayantes, l'écriture de Yoko OGAWA reste douce, calme. Elle se voudrait presque étrangement apaisante, distanciée. Délicieux mélange.
un mal qui transporte..
Et mon mal est délicieux
de Michel Quint
C’est mon premier Michel QUINT. Je crois comme d’ailleurs d’autres de ces livres, la guerre est le théâtre, le point de départ du récit. L’écriture pour révéler l’histoire, l’histoire d’un drame amoureux. Le récit est beau, fort et dramatique : La guerre, la lutte des classes, l’amour impossible. L’histoire est terrible. Le récit, court, simple à l’écriture efficace et précise.
L’écrit devant être pris dans son sens premier : un vecteur de la narration orale. Elle est un moyen de conter, de raconter une histoire. Elle est maïeutique.
L’histoire est improbable. Elle est faite de tant de non dits, de mensonges guidés par le plus fort des sentiments, celui qui apparaît parfois trop grand pour la machine homme, l’Amour. L’Amour qui compose toutes les souffrances, tous les plaisirs, tous les possibles et les impossibles. Puis cet amour se tisse sur fond de lutte de classe ou plus exactement d’intériorisation du sentiment de classe. Tous les éléments sont là, posés, installés. La tragédie peut se dérouler. Elle se déroule : l’amour impossible, la souffrance et l’écrivain pour conteur.
C’est donc un douloureux mélange auquel nous invite Michel QUINT ; un mélange qui transporte et qui emmène.
A l'eau de Rose
De toutes les couleurs
de Angela Huth, Marie-Odile Fortier-Masek (Traduction)
Ce livre est long, beaucoup trop long. Sa construction est originale : Six personnages racontent à la première personne, à tour de rôle, leur perception du même événement, de la même situation. Il ne se passe finalement pas grand chose au long de ces pages. Si l’Amour : sa fragilité, son impossibilité parfois, son compromis, ses arrangements. Pour faire court, un brin réducteur provocateur, résumons l’histoire ainsi : Dan et Isabel sont ensemble. Carlotta et Bret sont leurs amis. Sylvie est la fille de Dan et Isabel et Gwen leur gouvernante. Carlotta et Bret se cherchent, pas vraiment; célibataires l’un et l’autre; ils finiront ensemble. Un soir Isabel et Bret s’embrassent presque et évidemment Carlota et Dan, un autre soir, aussi. Après, c’est le doute, l’hésitation, l’envie refoulée pour se conclure sur un " on cherche tous l’Amour ". Et dans un grand élan de philosophie amoureuse de conclure sur la beauté et finalement la seule nécessité du sentiment amoureux. Ce livre nous dévoile donc une quête éternelle. Belle comme l’Antique ! Mais l’écriture est si plate, si fade. Le récit est long, si long pour ce qui nous apparaît dès le début, comme une évidence, une certitude…qu’à bien des moments, de trop nombreux moments, ce livre est à l’eau de rose et mièvre...
21 octobre 2005
La possibilité d'une île...
La Possibilité d'une île Michel HOUELLEBECQ D’une île médiatique où Michel Houellebecq est le prophète.. Je m’étais promis après " extension du domaine de la lutte " de ne jamais en relire. Et puis, 10 ans plus tard, tempête médiatique aidant, j’ai acheté ce livre. J’aurai pas dû. Qu’écrire sur ce livre ? Déjà tant de critiques. Y ajouter la mienne ? C’est l’ éexercice. Ce qui me fascine c’est la capacité de l’écrivain mais avant tout du livre à ne pas laisser indifférent. Et mon indifférence est détestable. Sa misogynie m’est profondément insupportable tant elle paraît naturelle. L’écriture est fade, sans intérêt et sans piment. Sa pseudo volonté d’expliquer l’impossibilité du vivre ensemble, de la dérive profondément individualiste de nos sociétés vient s’échouer sur le seuil de cette histoire abracadabrantesque de cette secte. Enfin, il explore, à travers ce livre, le mythe de l’homme éternel. Ce mythe comme un passage vers sa théorie des religions où toutes les religions sont impostures. Mais il n’interroge pas les croyances. Il balaye sentencieux. Michel Houellebecq a dit ! Et puis il y a ce personnage de Daniel. Il lui ressemble trop. C’est d’ailleurs étonnant avec quelle acuité Michel Houellebecq se regarde. Très étonnant. Du moins au début car très vite, trop vite, on sent le coup de passe-passe littéraire pour servir encore un peu plus la médiatisation. Je ne suis pas resté indifférent. J’ai détesté. Je pourrais presque paraître haineux comme ce livre l’est parfois, comme Daniel l’est parfois. Non décidément, cet écrivain a un talent, c’est d’être un prophète médiatique qui a compris que amour, haine, peu importe ! Seul compte la réaction du lecteur mais aussi pour lui et son terrible égo.