04 octobre 2005
Le passage
Shirin Neshat - Passage- 2001
Vidéo dans le cadre de l'exposition translation au palais de tokyo
Cette photo ne correspond pas à l'oeuvre. Mais j'en ai pas trouvé sur l'oeuvre vidéo intitulée passage. Alors juste pour illustrer cette grande artiste photographe et vidéaste.
J'ai un peu traîné à écrire cette "critique". Du coup, l'expo au Palais de Tokyo est terminée. Mais comme toutes ces oeuvres comtemporaines et même si elle appartient à ce collectionneur privé grec, je suis sûr qu'elle sera bientôt exposée de nouveau.
Comment retraduire ? Une pièce sombre et basse ; au milieu un grand écran, deux fauteuils confortables. La vidéo commence. Philippe Glass envahit nos oreilles et Shirin Neshat nos yeux.
Les femmes sont courbes. Elles sont rondes et en rond. Les hommes sont droits. Ils sont longs et en longueur. Elles creusent. Ils marchent.Elles et ils sont en noir. La mort les rassemble.Au centre la petite fille est. Elle est femme en devenir. Elle fait le rond. Elle est le présage de sa rondeur future. Elle est le passage. Le passage entre la vie et mort.
Elle symbolise le rond, le long. Ils, elles, la petite fille est séparation.
Ils se rassemblent - jamais ne se mélangeront. Le feu s'illuminera. Les enveloppera tous dans une courbe. Seule la mort les unit. Seule la vie les unit. Ils sont hommes, femmes, enfants. Ils sont la vie. Ils sont la mort. La poussière les entoure. De cette poussière dont ils viennent d'où ils retourneront.
29 septembre 2005
Vous me direz…
Mémoire de mes putains tristes Gabriel Garcia Marquez Vous saurez tout. Un livre ce lit toujours dans un environnement. Le mien n’était pas favorable. Sorti d’un livre époustouflant, j’ai toujours du mal à accrocher totalement au livre suivant. Et puis, j’avoue, je ne voulais pas le lire. Cent de ans solitude est un tel socle dans mon chemin littéraire, je savais que je ne pourrais m’empêcher de comparer - de lire tout nouvel écrit de Gabriel Garcia Marquez en comparant. Non vraiment ce livre ne m’a pas accroché. L’histoire improbable d’un vieux de 90 ans découvrant enfin le sentiment amoureux avec une jeune prostituée de 14 ans. L’Amour comme éternel moteur de la vie. L’originalité du livre n’est donc pas dans le thème mais dans ces personnages improbables. Mais cela ne m’a pas suffit. Pas du tout. Et puis l’écriture m’a paru si classique, si terriblement classique. Je sais, ça n’a pas de sens mais je cherchais ce baroque de cent ans de solitude, ces phrases qui volaient. Mais ne vous fiez pas à ma critique, je ne suis sans doute pas juste.
L'amour absolu...
Loin de Chandigar Tarun Tejpal " L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres, c’est le sexe " C’est la première phrase de ce livre. Ne vous y fiez pas. C’est juste pour vous donner la tonalité : l’amour, le sexe et deux êtres humains, l’être et la quête de soi. Ce livre est comme une déclaration à l’amour - l’amour où le plaisir, l’esprit, le corps, l’autre – tout se fond – tout s’oublie. Ce livre est comme une déclaration aux corps des femmes, à leur mystère, à leur infinie douceur. Ce livre est une quête de soi, une quête par l’écriture : c’est l’écrit qui interroge l’amour, l’amour interroge l’écrivain. Il se cherche. La construction de ce livre est improbable. Il commence par la fin. Tarun Tejpal nous emmène alors sans ordre dans une histoire d’amour. Pas d’ordre, tout en désordre et pourtant tout se structure. La structure des deux amoureux est dévoilée. La quête du narrateur, de l’écrivain est aboutie. Ecrire, s’interroger, se perdre, souffrir et un livre dans le livre en sort improbable. L’histoire qui se répète, de la multiplicité des destins et finalement tous identiques, n’en recherchant qu’un : l’Amour. L’écriture est superbe. Quelques phrases vous transforment le livre, presque mine de rien. Quelques phrases sonnent comme des préceptes de vies. Et puis il y a cette fin. Pour ceux qui, je sais qu’ils existent, lisent la dernière phrase d’un livre avant de le commencer, surtout ne le faites pas. Mais quand vous finirez ce livre, que vous lirez cette dernière phrase, alors les frissons, la certitude que vous n’êtes plus le même. Les livres, ce livre dans ce qu’ils ont de plus forts : nous emmener ailleurs et en sortir changé. L’amour absolu existe. Nous le recherchons tous. Pourtant…
09 septembre 2005
Le cabaret des oiseaux
La vie est souffrance. Elle est dure, pleine d'injustice. La vie n'épargne pas Tristan. Sa mère meurt devant ses yeux à l'âge de 6 ans. Commence alors un long blues, une mélancolie faite d'un cabaret des oiseaux, de coeur trop vides et d'arbres. Ce roman à l'écriture simple est blues. De cette tristesse qui vous plonge dans un état où la vie semble avoir perdu son goût et pourtant elle est là. Tristan aime encore la vie mais il n'en connaît plus, pas les douceurs, les joies. Ce livre n'est pas une plainte. Juste l'histoire d'une vie terrible. Et puis il y a cette fin où l'histoire se répète. Je ne la dévoilerai pas. Les dernières pages sont remarquables. André Bucher nous laisse dans l'inconnu. La vie reprendra t'elle ? Le peut-elle ? Va t-elle avoir du sens ? Ou n'en aura t'elle plus ? C'est l'inconnu. L'inconnu de la vie de Tristan, l'inconnu de la vie qui s'écrit chaque jour sans destin. Ce livre nous plonge dans la mélancolie, son blues nous gagne. Dur et beau.
06 septembre 2005
La quête se poursuit !
Le quatrième tome de la recherche poursuit la plongée dans la nature humaine. Bien sûr, le titre l’évoque, la découverte, la perception de l’homosexualité est un des thèmes de ce volume. Mais ce n’est pas le principal. La jalousie l’est bien davantage. Quelle merveilleuse description de ce sentiment si touffu, si irrationnel, si entêtant. Gomorrhe lui sert de passerelle. Albertine d’incarnation de ce sentiment. Albertine sert aussi le récit. L’écriture est toujours aussi singulière et sans peur des mots prodigieuse. Mais pour la première fois depuis du côté de chez Swan, j’y ai trouvé des longueurs. La plongée aristocratique si fascinante dans du côté de Guermantes se poursuit dans ce nouveau tome. J’ai fini par trouver qu’elle ne fascinait plus que Marcel Proust. Mais c’est un détail, un tout petit détail tant l’ensemble continue de nous emmener dans les profondeurs de la nature humaine, dans son incroyable complexité ambivalente et parfois destructrice. L’homosexualité interroge le narrateur. Le doute y est permanent. Il découvre, comprend, ne comprend pas mais ne juge pas. Lors de la parution de l’ouvrage, son approche a pu troubler. Mais les yeux d’un lecteur de ce début de nouveau siècle y mettent trop de décalage historique. Sa perception ne peut plus être la nôtre. Peu importe, son écriture associée à une certaine forme de candeur rattrape tout. Elle nous berce, nous laisse regarder avec plaisir le temps qui s’est écoulé depuis l’écriture de ce livre. Le quatrième tome de la recherche poursuit avec bonheur la quête de ce que l’homme, l’esprit sont. Marcel Proust poursuit sa quête. Nous la nôtre.
Terrible, affreux et plein d'humanité
Ce livre est une merveille. Il se laisse dévorer. Il est terrible, affreux et dans le même temps plein d’humanité. C’est un récit. Svetlana Alexevictvh a patiemment recueilli des récits de femmes russes pendant la seconde guerre mondiale : des récits de combattants, de partisanes. Elle raconte la guerre. La guerre faite par des femmes. La guerre est souvent racontée – aujourd’hui même souvent filmée. La guerre est chiffre. Mais derrière ces chiffres, combien de souffrances, de drames ? En Russie, la guerre a duré quatre ans. Mais 4 ans, c’est combien de jours de souffrances, de peur, de douleur, de l’indicible et de l’inimaginable ? On a une représentation de ce pouvaient être les combats mais pas de ce que pouvaient être leur enchaînement. Chaque jour, rester en vie. Mais le lendemain, c’était pareil. Se répétant et chaque jour la mort qui rôde, la peur pour seul compagnon. Ces récits le montrent admirablement bien. Mais il y a bien d’autres merveilles dans ce livre. La guerre est une histoire d’hommes, faites majoritairement par des hommes et racontés par des hommes. Les femmes ont pourtant fait la guerre. Toutes les guerres : celle de l’arrière, celle du front, de l’hôpital, des airs, de la mer. Dans chaque bataille, dans chaque corps d’armées, les femmes luttaient aussi. C’est leurs regards sur la guerre que nous dévoile avec tant de justesse Svetlana Alexevictvh. Alors, bien sûr, le frisson de l’horreur est présent à chaque récit. Terrible, affreux, insupportable, comment survivre, supporter l’indicible et l’inracontable ?
Alors que la seconde guerre mondiale a terrassé l’humanité, annihilant la part d’humain dans l’homme, ces récits nous dévoient le contraire. Les femmes n’oublient pas la condition humaine. Dans les combats, dans l’horreur, elles ne l’oublient pas devenant à la fois beaucoup plus fortes mais aussi beaucoup plus fragiles. Comment dire, comment vous dire sans paraître un peu simpliste mais je suis ressorti de ce livre en me disant l’homme et la femme ne sont pas égaux. Je ne sais toujours pas l’expliquer et donc impossible de trouver les mots justes. Vraiment les femmes sont plus « intelligentes ». Ne croyez pas cette critique par trop naïve. Je ne fais pas d’angélisme féminin. Mais vraiment lisez ce livre, je crois que vous comprendrez ce que j’ai voulu dire.
Roman bibliographique
Roman bibliographique en quelque sorte. On est averti dès la première page. Démêler la part de vrai, la part de romance. Les éléments ne sont pas, selon l’avertissement, affabulé. Les amoureux, les connaisseurs de Tchekhov trieront. A travers ce tri, ce non tri pour moi, le charme opère. La construction de ce livre est efficace. Elle nous emmène à 3 voix, à 3 récits. Le secret est révélé. Mais le lecteur est libre – libre de recouper, de reconstituer une part de la vie de Tchekhov. La plus grande qualité de ce livre est sans doute de donner envie. Une réelle incitation à lire, découvrir cet auteur. L’homme de Théâtre mais aussi et surtout à travers ce livre, Tchekhov le nouvelliste. Il y a une autre envie que ce livre m’a suscitée : découvrir les nihilistes russes. Wanda Bannur les a placé en filigrane de son livre, comme une borne de la société russe à la fin du 19ème siècle. Elle qui en est une spécialiste – philosophe, elle a fait sa thèse sur ce courant de pensées – suscite l’envie. Son écriture est quant à elle simple, sans autre ambition de servir l’histoire, la réalité, le roman. Le secret de Tchekhov, dans son genre, m’a rappelé la course à l’abîme de Dominique Fernandez. Là aussi, il s’agissait de reconstituer la vie d’un artiste, un peintre, Le Caravage. Est ce la naissance d’un genre littéraire ? Je n’ai pas assez de connaissances pour répondre à cette question ni même pour savoir si elle est correctement formulée. Mais la genèse de ce deux livres m’intrigue. Dans les deux cas, la passion de l’écrivain tant pour Tchekhov que pour Le Caravage semble certaine. Mais ces livres ont forcément nécessité de la part de ces deux écrivains une plongée dans la vie de ces artistes pour après mieux s’en affranchir, combler les vides ? Cette démarche est troublante et fascinante. Dans ces deux cas, l’histoire nous emmène. Pour le secret de Tchekhov avec plaisir. Enfin, ce livre est une plongée dans la Russie de la fin du 19ème siècle : son immensité, sa ruralité, Moscou et Petersbourg, sa création artistique et littéraire. C’est aussi une réflexion pleine d’ouverture sur le sentiment d’être russe, et ce à la veille de la révolution de 1917 qui transformera en profondeur ce pays.
une découverte !
Depuis un cercueil. Le 8ème enfant d’une famille de 9 enfants, mort à 15 jours, est enterré devant la fenêtre de la cabane où vit sa famille. Il raconte avec candeur, sans préjugé l’histoire de ses 8 frères et sœurs et de ses parents. Tableau cru d’une famille chinoise pauvre, très pauvre qui lutte pour s’en sortir, traversant la révolution culturelle et la route vers la libéralisation. Tableau des plus durs, des plus crus, sans aucune concessions sur les souffrances, les conditions de vie terribles de millions de chinois. Cette écriture « simple » presque « naïve » fait contraste et souligne avec encore plus de force ce tableau terrible. Ce livre est étonnant. Court, de lecture facile, il se termine vite en laissant une sensation douce, agréable, celle d’avoir passé un bon moment. Mais il agît. Je n’ai pas, contrairement à d’habitude, écrit la critique dans la foulée. Je ne sais pas pourquoi, je ne la sentais pas. Il continuait d’agir sans me le dire. Le plaisir, l’intérêt n’ont depuis cessé de grandir. La distanciation faite par ce petit enfant de 15 jours est vraiment géniale. La description de la vie d’une famille d’ouvrier chinois en est alors que plus brillante. La réalité 
Un monstre sacré !
Vous savez ce sentiment quand vous lisez la dernière phrase, quand le livre se referme et que le frisson vous parcoure. Ce mélange de joie intense, de jubilation, teinté de tristesse et de mélancolie parce que déjà fini. Je ne « jugerai » pas un livre à l’aune de la seule intensité de ce frisson mais c’est un indicateur précieux. Et là, quel frisson ! La certitude d’avoir vécu un grand moment. L’impression folle d’avoir vécu avec eux, avec Kyo, May, Tchen, Katow et les autres…
Ce livre est fascinant, terrible et dur ! Son titre le résume à lui seul : La condition humaine.
Les doutes humains quand l’Histoire se déroule. Les peuples qui se révoltent à force de trop d’oppression . Cette révolte qui se brise sur le cynisme et l’horreur des puissants. Les hommes prient à travers le flot de leurs idéaux , de leurs propres chemins. Une quête d’absolu où la mort est à la fois tout et l’élément d’une puissance collective qui nous dépasse.
La condition humaine est émancipatrice et contrainte, fille de la liberté et mère de toutes les oppressions. Encore une fois, c’est l’association des contraires, les deux indissociables, définitivement liés. Elle traverse l’Histoire. L’intemporalité de ce roman est certaine.
Le cadre est choisi : celui de la Chine de 1927, en guerre, tiraillée entre KUOMINTANG, les seigneurs féodaux, les intérêts internationaux, le Parti communiste. C’est un cadre. Le message semble comme renouvelable partout où il y a des hommes. Là où il y a des hommes, la condition humaine s’exerce et l’oppression et la liberté sont là.
Comment ne pas non plus s’émerveiller devant le style, l’écriture dure où chaque mot sonne parfaitement associé à une construction du récit époustouflante.
Ce livre est un monstre sacré et je n’ai qu’une seule envie : pouvoir dire Merci…

Oscillation
J'oscille. Il y a du génial dans ce livre : L'amour des mots, les mots comme des sauveurs, des rédempteurs, des rêves - Les mots, lire et écrire la vie - sa vie - celle de JP SARTRE. Il nous raconte les premières années de sa vie. Autobiographie ? Non cela ressemble à une auto analyse poussée à l'extrême. Une auto analyse de sa propre construction fondée sur le lire et l'écrire. Les mots qui lui permettront d'être, de se construire, de créer son sur moi. Les mots qui lui permettront de se créer, de combler l'absence d'un père. Mais c'est peut-être une des limites possibles de ce livre. Il n'y a rien à faire cette auto introspection n'est-elle pas par essence limitée ? Le propre de l'auto analyse n'est-elle pas pas de ne pas pouvoir voir ce qui nous bloque ? Je l'ai toujours cru. Je fais bien sûr crédit à cet auteur de génie, ce monstre intellectuel d'avoir dépassé cette limite mais il n'a pas réussi à m'enmener totalement avec lui. Et puis comme toujours l'écho d'un livre dépend de son état d'esprit et de l'environnement de lecture. Moi je venais de terminer une biographie de JP Sartre. Elle m'a sans doute influencée. Il n'y a pas forcément beaucoup de discordances entre les éléments bibiographiques que j'avais pu lire et les Mots. Mais j'ai lu ce livre en confrontant - confrontant la propre idée-image que je venais de me créer et celle que révèlait JP Sartre dans les Mots. Alors j'oscille. Le plaisir à la lecture fut certain. Des phrases sublimes, sonnent comme parfaites, comme si les mots choisis ne pouvaient être autres. Mais au fond de moi il y a une réticence. Cette auto analyse ? la lecture de cette biographie ? Un peu des deux sans doute. Mais il y a autre chose que je n'arrive pas à définir, à trouver les mots.

